Presse

À propos de l’album solo « Linéaire » (2014)

CHOC

“Après Myra Melford le mois dernier, c’est au tour de Christine Wodrascka de donner sa version du piano solo (pour la deuxième fois seulement – après “Vertical” sur FMP en 1996). Partenaire de Charles Tyler, Han Bennink, Fred Frith, Ramon Lopez ou Sophie Agnel, elle n’avait d’ailleurs pas publié de disque depuis un bout de temps ; l’heure du rattrapage est venue puisqu’un album en trio avec Jean-Luc Cappozzo et Gerry Hemingway paraît concomitamment à celui-ci sur le label lithuanien No Business. Sous les doigts vigoureux de la pianiste qui s’insipire autant de Morton Feldman que de Cecil Taylor, l’improvisation totale est de retour. Riche en événements, cet opus fiévreux ne se conforme guère à son intitulé. De Luc, le temps est à l’orage ! à Lame de fond à l’horizon, Claude ! (clins d’œil respectifs à Ferrari et Presque rien, Debussy et La mer), Les titres commencent tous par la lettre L, révérence féministe autant que promesse d’envols. Musicalement, chaque pièce part d’une idée précise, à partir de laquelle tout peut arriver – avec l’instinct pour guide, et comme objectif la réalisation d’une synergie entre sons, notes, pulsations, mélodies et résonances ; en évitant tout bavardage, quitte à couper dans la bande ! Lupercales évoque un Take The A Train joué par un extraterrestre doté de trois oreilles et quinze doigts, tentant de restituer le jazz terrien à ses semblables ébaubis. Linéaire réitère un motif obsessionnel en l’intensifiant. Pièce-clé de l’album, la Leste série d’horloges est dédiée à cinq compositeurs minimalistes. Le geste est simultanément relâché et tranchant, qu’il s’agisse de célébrer Sarah Bernhardt ou la beauté des aurores boréales. Plus loin, c’est le roulis des vagues qui suscite la musique. L’animatrice de radio Anne Montaron parle à son sujet d’ « organisme vivant ». L’instrument se fait orchestre, grand ensemble même, via d’étourdissantes démultiplications et superpositions. Les fugues de Bach s’acoquinent aux concepts d’Evan Parker : le piano comme vous ne l’avez jamais entendu.” – David Cristol, Jazz Magazine, janvier 2014

À propos du concert du FIL le 24 janvier 2014 à La Fabrique de l’Université Toulouse II Le Mirail

Filez à la Fabrique d’Improvisation Libre !

“A l’instar du London Improvisers Orchestra en Angleterre, Toulouse a maintenant son big band de musique improvisée, aux effectifs pouvant aller de vingt-et-un (comme ce soir, pour la deuxième sortie publique du collectif) à plus de quarante membres simultanés. L’initiative en revient à Christine Wodrascka et Heddy Boubaker.”
 
[...]
 
“ « Une authentique histoire humaine ! (…) L’esthétique émerge d’elle-même, le « style » important peu. Il en résulte une musique essentiellement atonale mais pas que. On explore et on exploite les possibilités infinies de cet orchestre composé d’individus qui le colorent. (…) Ce qui est le plus difficile, c’est de ne pas revenir toujours au même son collectif, d’arriver à varier les histoires racontées, de ne pas tous jouer en même temps tout le temps » [Entretien avec Christine Wodrascka (Impro Jazz n° 198, septembre 2013)] La pianiste n’a pas à s’inquiéter : les sonorités et textures individuelles (la basse tellurique de Boubaker, le saxo volcanique de Nastorg, le trombone souple d’Henri Herteman…) se découpent parfaitement au sein de l’ensemble, ne s’approchant d’un effet d’amoncellement que lorsque celui-ci est sollicité à dessein afin d’être sculpté en direct. Le live permet alors de savourer au mieux les reliefs provoqués par des masses sonores mouvantes, spatialisées. Impressionnant. Le plaisir est renforcé, dans cette association de personnalités dont la plupart sont par ailleurs leaders de leurs propres formations, par le constat que les caractéristiques et la poésie de chacun trouvent naturellement leur place dans l’ensemble. D’une pièce à l’autre, ce sont effectivement des horizons sonores diversifiés qui attendent l’auditeur.”
 
[...]David Cristol, Jazz Magazine, janvier 2014

À propos du concert Ch. Wodrascka, G.Viltard, E.Parker, Mark Sanders et Shabaka Hutchings à Londres (2013)

“Wodrascka is indeed a clever analyst of the possibilities of her instrument. She delivers clearly decipherable outbreaks and tolerable incongruities, silver-tongued figurations that could be defined as a Cecil Taylor/Irene Schweizer hybrid, still maintaining a critical uniqueness. Once the insides of the piano are deemed useful for certain peculiar illustrations, the task is performed by leaving abundant space around the nutritive aural substance leaking from an attentive arrangement of scraped, plucked and hammered elucidations.” – Massimo Ricci, Touching Extremes

À propos du concert en solo pour l’émission « À l’improviste »- France Musique (2012)

« Invitation au voyage garanti avec cette pianiste au souffle long dont le jeu de corps à corps avec le piano ne laisse jamais indemne.Le piano, Christine Wodrascka le pétrit, elle en investit le moindre recoin, le malaxe tant et tant qu’on finit par oublier son poids, ses dimensions, voire même son caractère impérial car sur une scène il en impose, ce colosse, avec sa grande aile noire. Christine Wodrascka sait l’apprivoiser, elle sait lui rabattre son caquet, parfois elle le brutalise pour le moment d’après l’effleurer à peine.Le jeu dans le piano, la préparation, alterne avec le jeu sur le clavier, l’exploration se doit de ne négliger aucune source sonore. Au moment où Christine Wodrascka pose ses mains sur le clavier, ce soir là, nous ne savons pas dans quels paysages nous allons nous aventurer. On a bien en mémoire pour cerrtains d’entre nous les scénettes de son premier disque en solo, « Vertical » mais on sait aussi que cette musicienne endurante peut défier la durée et s’embarquer pour une longue embardée. Ce qu’on sait avec certitude c’est qu’un brasier va s’allumer, que quelque chose d’incandescent va peu à peu envahir l’espace du studio, que la notion du temps va s’estomper, que nous allons nous perdre avec jubilation et sans appréhension dans des paysages organiques jaillis de l’imagination de cette musicienne sensible et vibrante….La mosaïque de paysages jaillie sous les doigts de la pianiste Christine Wodrascka au cours de ce concert à Radio France, porte en elle quelque chose de paradoxal. On sait qu’un univers sonore qui se déploie n’obéit à aucune règle qui est dans l’instant et se développe de façon organique à mille lieues donc de tout système d’organisation rigoureux. En même temps, c’est le soin, l’engagement apporté par la musicienne à cette musique de l’instant, ses impulsions, qui insufflent à cet organisme  vivant ce qu’il lui faut e sève, de vie, pour qu’il s’épanouisse et rayonne. On n’est pas très loin du végétal et Christine Wodrascka a la main verte…. « - Anne Montaron (extrait du commentaire de l’émission « A l’Improviste » – France Musique, 12 novembre 2012)
Écouter l’émission

À propos de la première représentation du ciné-concert du duo Wodrascka-Lopez à Cugnaux (2012)

Découvert à l’occasion d’un concert qu’il donna à Monterey, Ramon Lopez a été envoûté par El Tren fantasma (1927) du cinéaste mexicain Gabriel Garcia Moreno. Il a décidé de souligner les images de ce film muet en duo avec Christine Wodrascka. C’est ce projet de ciné-concert que la « Semaine jazz » de Cugnaux proposait pour sa deuxième journée. Duo Momentos / El Tren fantasma Christine Wodrascka (p), Ramon Lopez (dm, perc). Mercredi 21 novembre 2012, Théâtre Paul Eluard, Cugnaux (31), 17h30.

Le ciné-concert pose d’innombrables questions : est-ce d’abord un concert ? Et si tel est le cas, que devient alors le statut de l’image ? Est-ce en premier lieu une projection ? Si oui, dans quelle mesure la musique doit-elle chercher une forme d’autonomie ? Faut-il éclairer les musiciens pendant la projection ? L’intention louable d’établir un juste équilibre entre images et musique n’a-t-elle pas un travers rédhibitoire, celui de perdre artistiquement sur les deux plans, l’appréhension du spectateur étant toujours balancée entre ces deux disciplines ? Si questions il y a, elles sont en tout cas passionnantes. Ce qui explique que la formule rencontre toujours plus de succès, et que la variété des expériences se multiplie. L’attitude de Christine Wodrascka et Ramon Lopez résulte d’une juste mesure entre jouer sans complexe leur musique et se positionner tout à la fois aux côtés du film, cela sans pour autant lui voler la vedette.

L’action du film culte de Gabriel Garcia Moreno repose sur une rivalité amoureuse sur fond d’aventure. On y découvre le Mexique citadin des années 1920, une représentation saisissante de la pègre qui ronge (déjà) le pays, et la fascination exercée par le chemin de fer. Un film étrange (avec quelques incohérences), moins baroque qu’on ne pouvait l’attendre parce qu’il tente de rivaliser avec le cinéma américain (belles scènes d’action).
Ce n’est qu’à de rares moments que le duo de musiciens opte pour le descriptif. La plupart du temps leurs interventions – préparées dans la structuration mais aux matériaux improvisés – consistent à souligner une atmosphère, à compléter ce qui est suggéré, développer les non-dits, à accentuer les tensions psychologiques (scènes du rapt et de la tentative de viol, scènes de combats). De ce fait, il s’agit moins d’une illustration sonore que d’un contrepoint artistique, la transmission immédiate d’émotions toujours différentes provoquées à chaque nouveau visionnage. La majeure partie du temps, l’usage de la mélodie et de la pulsation est éclipsé au profit de gestes instrumentaux entraînant l’absence de tout leitmotiv attaché à des personnages ou à des lieux, cela au profit d’un continuum musical constamment en renouvellement.

Parmi les moments les plus beaux de la « version de Cugnaux » (puisque chaque séance est unique en termes d’interprétation), Christine Wodrascka s’est transcendée dans la scène de la corruption amoureuse, en un solo poignant. Et surtout, la scène du train, lancé à pleine vitesse et devenu incontrôlable, qui emporte l’héroïne (semble-t-il) vers une mort certaine : un moment fort rendu encore plus angoissant par le duo en état de grâce.

Même s’il manque encore peut-être quelques séances supplémentaires au duo Wodrascka/Lopez pour que l’interaction entre le film et la musique soit parfaitement fluide (il était possible de percevoir certains moments d’attente vers la scène suivante), voilà une belle découverte. Recommandé ! Ludovic Florin (22 nov 2012)

À propos du concert du duo Wodrascka/Lopez au Mandala- Toulouse (2012)

Christine Wodrascka , depuis longtemps installée à Toulouse, est une pianiste marquante. Son jeu a parfois été comparé à celui de Cecil Taylor, avec qui elle a en commun l’énergie, voire la violence, de certains moments. A Fred Van Hove aussi, pour cette propension à jouer des passages si liés qu’ils en paraissent liquides, torrentiels, semés de rapides et de cascades. Son duo avec Ramón López est une histoire au long cours, jalonnée de deux albums : Aux portes du matin (2001) et Momentos (2009), tous deux parus chez Leo Records, et de multiples concerts. Elle incisive, lui bouillant, ils se complètent, se contestent, se collettent, se cherchent, se trouvent. Nous trouvent à l’écoute.
Ils commencent par une improvisation courte, histoire de se mettre en chauffe. Elle paraît chercher sur le clavier, attraper au vol un son. Mains et doigts à plat, ouverts, attentive, elle rappelle Monk et ses « erreurs justes », ses apparentes hésitations. La batterie souligne les croches. Puis le piano se cabre sous les mains qui dessinent des trajectoires plus qu’elles n’actionnent des touches.
La séquence suivante s’ouvre à la batterie. Christine Wodrascka happe au vol les notes des toms, Ramón López la contredit, place des « pêches » au charley. Musique non mesurée, démesurée : il marmonne, vocalise ; elle s’épanche en grondements de cordes, le piano scintille de clusters ; grosse caisse et toms entament une rythmique, une mélodie lui répond, un peu romantique, un peu spectrale, un peu abstraction lyrique. On les sent, on les voit plutôt s’abandonner au courant de la musique qui les traverse et les agit(e). Les cordes étouffées répondent aux tablas, la batterie répétitive rencontre un clavier chromatique. Chaque séquence est différente, même dans les postures physiques des musiciens – le seul postulat de départ est peut-être « un état d’esprit par morceau ». On ne retrouve pas ici les poncifs qui encombrent souvent l’improvisation : pas de « plans », pas de points de repère, l’une est le repère de l’autre et l’autre de l’une, point. Le piano n’est préparé que sur une séquence, semé de morceaux anguleux de plastique transparent qui rebondissent sur les cordes comme les becs d’un clavecin en vrac, que contestent de larges à-plats de grosse caisse et de toms. Musique à finir soi-même, où la « lecture » de l’auditeur prend une part plus importante qu’ailleurs. On entend la fin s’approcher lorsque les deux se retrouvent, synchrones dans la retenue, dans l’à peine audible, une comptine ou une berceuse.
Le rappel sera bref, tribal, agité. Clusters du plat des mains, balais liquides, dix petits tours et puis s’en vont, nous laissant grand ouverts et scintillants d’idées. || Diane Gastellus – Citizen Jazz

À propos du premier concert du trio « 2° étage » (2011)
Trio Wodrascka, Hemingway, Cappozzo

Dans le cheminement d’un artiste, il y a toujours des moments de plénitude, d’épanouissement, de créativité ; ces moments appellent des rencontres… Et des projets. Si les trois musiciens qui composent ce groupe, bien connus sur la scène des musiques improvisées, croisent régulièrement leurs routes depuis plus de vingt ans, c’est aujourd’hui avec beaucoup de plaisir qu’on les découvre unis au sein du groupe Deuxième Etage (une concrétisation que l’on doit à l’indispensable festival Jazz à Luz). Issus de la même génération, la pianiste Christine Wodrascka, le trompettiste Jean-Luc Cappozzo et le batteur Gerry Hemingway font partie de ces musiciens qui ont vécu cette époque folle et riche de la musique improvisée occidentale, née de l’audace et de l’expérience. A les écouter échanger les notes et les sons, on comprend instantanément que cette union est une évidence de plaisir, de partage, d’humanité, toujours au service de la musique. Tout en pudeur et en simplicité, ils nous ouvrent les portes de leur univers et nous invitent, le temps d’un concert, à explorer avec eux un imaginaire en mouvement.

La rencontre. Cela se fit l’année dernière, sur la scène festivalière de Luz, où ils décidèrent de sceller l’union à cet étage. C’était la première de ce trio ce soir, et on peut dire qu’ils se sont bien retrouvés. Décrire un spectacle de musique improvisée revient à parler de musique comme on vit un présent : c’est une onde. Et, comme une onde, elle s’étire en longueur (n’y allez pas, un morceau dure une heure !), se rétracte ou se concentre autour de récifs (ça peut faire du bruit.) pour faire son chemin et s’éteindre avec le dernier souffle. C’est un horizon sans ligne, une liberté absolue, un moment de plaisir récompensant tout un tas de contraintes, en amont. Leur technique à faire pâlir, l’étendue de leur vocabulaire forgé sur l’expérience, le travail du son et surtout, leur écoute, réactive et à l’affût des flux vivants qui les entourent et les relient dans la musique… C’est aussi un spectacle que de les voir bouger, danser de façon si singulière, les yeux fermés. Ils sont comme concentrés sur des lignes invisibles, vivant chaque note et les laissant courir, en créant d’autres comme autant de réponses et de questions réunies autour d’un sujet : jouer.

Le vif du sujet. (Action : ça joue !) Le premier morceau naît d’un mouvement percussif où des grappes de notes s’égrainent comme on lâche une petite poignée de billes colorées sur des surfaces diverses. Ici, toutes les surfaces de la batterie sonnent distinctes et courtes: le batteur, pointilliste et souple, s’engage dans une gestuelle compulsive, toute en lâcher prise et en maîtrise à la fois. Les interventions s’enchaînent naturellement, ils donnent au silence sa place au même moment et se retrouvent sur un même mouvement. C’est assez magique quand on sait que rien n’est établi à l’avance, qu’il n’y a pas de consigne. Ils ont l’art du contraste qui permet d’écouter une masse sonore  dense et claire à la fois. On entend tout, et, si l’on rit de leurs mimiques et de leurs dandinements l’instant auparavant, on ne voit finalement plus rien du tout… On se surprend à fermer les yeux et à laisser venir ce flux de notes qui racontent une histoire, celle de votre moment à cette heure. D’ailleurs, les notes se resserrent, le volume monte, et toujours cette unité dans le son. Vous ouvrez les yeux, Hemingway saisit un œuf, le fait voyager, le trompettiste, gémit, souffle, la pianiste frappe de petites notes d’été, des aigües taquines, espacées. Il règne une couleur étrange, pleine de suspens et de sous-entendus.  Alors la trompette se met à flatuler, la cymbale à crisser, et tout se met à frétiller, ça pétille et ça gicle en cascade, des poings plein le clavier, des caresses à rebrousse lame, des roulements du tonnerre, et pas de Brest à l’horizon, on est en pleine tempête – s’il te plaît Cappozzo reprends ta trompette,  lâche tes flûtes, qu’on bavarde ! Et ça bavarde, ça joue de l’embouchure, ça chante, cloches et cymbales apparaissent progressivement comme des champignons sur un champ à vache, et, Mme Wodrascka a lâché sa coquille dans le piano… C’est une ruche éveillée, en suspension sur un point d’équilibre sonore. C’est un monde abstrait qui pourtant nous touche, nous surprend et trouve, contre toute attente, une logique musicale toute à elle, qui existe. || Céline Biolzi – Un trou dans la planche (27 mars 2012)

À propos de l’album « AGIIIIR » (2010)
Quartet Goudbeek – Jacquemyn – Le Quan – Wodrascka

Le label de Wuppertal, animé par l’excellente violoniste Gunda Gottschalk, pratique la synergie au-delà des frontières. Leur CD Deep Music rassemblait les contrebassistes Peter Kowald, William Parker et Peter Jacquemyn. Un autre présentait les débuts du groupe belgo-allemand de Mike Goyvaerts, Jacques Foschia, Christoph Irmer et Georg Wissel (Canaries on The Pole) toujours en activité onze ans plus tard. Car chez Free Elephant on investit dans le durable, l’improvisation, musique de l’instant par excellence, n’est pas un feu de paille. Plutôt une réserve de braise, des foyers toujours en vie quelque soit le climat ou les intempéries. C’est bien la forte impression que nous fait la musique de ce quartet belgo-français. Le lutin hexagonal de la percussion libérée, un saxophoniste alto extraordinaire et trop méconnu, une des pianistes les plus affirmées depuis … déjà longtemps et une force de la nature de la contrebasse. J’écris belgo-français, bien que Goudbeeck soit hollandais et qu’il ait joué longtemps avec Willem Breuker. Mais habitant en Belgique dans le nord du pays, il y a été tellement impliqué depuis des décennies, entre autres, dans le festival Free Music à Anvers et les activités du WIM, qu’il « est des nôtres ». Le nom du groupe AGiiiiR pour André Goudbeeck 4, les 4 iiii pour chacun des individus qui le compose et le R de recherche, révolution etc… Ce quartet est un bel exemple d’impro radicale unissant des personnalités certes différentes en un véritable territoire commun. Goudbeeck met la colonne d’air au bord du gouffre : éclats, rengorgements, transformation de la matière, stries et fractures dans le son, apnée de l’écriture automatique. Lê Quan réinvente la notion de percussion en ouvrant l’espace et en évitant les facilités. Wodrascka démantibule la géométrie du clavier et des cordes vibrantes. Jacqmyn met du liant dans les interstices et fait gronder le ventre du gros violon. Je ne vais pas vous faire le coup de la musique organique, devenue un lieu commun de l’écriture chroniqueuse. Mais, absolument, nous sommes ici au cœur d’une vie intense, d’un don sans arrière-pensée et d’une relation désirée avec la nature hors de la main de l’homme, ensauvagée. On évite les effets question – réponse / signes de la main pour s’engager dans sa quête en se tournant de temps à autre vers le voisin. L’écoute ici n’est pas singée mais intériorisée pour le meilleur et le pire. On a droit le plus souvent au meilleur ! La troisième plage est l’occasion d’une sortie d’André à la clarinette basse qui change le son du groupe. Ninh multiplie alors les rythmes, joués sèchement, avec fracas. Cet enregistrement donne vraiment l’envie d’écouter AGiiiiR en chair et en os. Très recommandable. ||Jean-Michel Van Schouwburg -   2 janvier 2010

À propos de l’album « Momentos » (2009)
Duo Wodrascka – Lopez
                                                         

Aux portes du matin (Leo Records LR 318) le disait déjà et Momentos le confirme : cette musique-là est de celles, grandes et profondes, qui marquent autant les musiciens que l’auditeur. « Un son est lancé, un autre suit » nous confie la pianiste dans les linear notes du CD. La porte d’entrée de leur duo se situe donc là ; dans cette liberté qu’ils s’offrent, et cela, sans la moindre réserve.
Christine Wodrascka est cette pianiste qui aime débouler en un continu frénétique mais qui pense aussi à retenir l’espace, à éloigner son jeu des clusters d’usage. Frappées, grattées, pincées, les cordes de son piano ne renâclent jamais à répondre aux éclats de cymbales de son compère percussionniste Ramon Lopez. Celui-ci affectionne tout autant le déluge que le chuchotis. Aimant à associer-additionner sa batterie à des percussions diverses et variées (tablas, cajon, steel drums), il ne surjoue jamais, et, tous deux, s’engagent sans retenue aucune. Tendue ou lumineuse, solide et intègre, leur musique ne s’oublie pas de sitôt. Luc Bouquet, Le son du Grisli, 2009.

À propos de l’album « Cuerdas 535 » ( 2004)
Duo Wodrascka – Agnel

Ces deux improvisatrices sont manifestement à la hauteur, et expriment avec authenticité et humilité ce qui les habite. Leur disque peut nous paraître opaque par tant d’intimité mise à jour, et de profondeur : deux solitudes se nouent et se dénouent. La première écoute nous place face à une certaine dureté, qui finit par nous ébranler fortement. Des sensations, des émotions assez puissantes surgissent, ou des images : lignes acidulées, bruissements, flots, danses, martèlements, ruptures, émerveillements.
Ces neuf pièces résonnent un peu à la manière des toiles de Pierre Soulages : surfaces sombres où la vie s’intensifie, où la lumière vient à nous comme une source.
"Cuerdas 535" est un enregistrement fascinant, sans aucun doute l’un des plus beaux de cet automne. || Géraldine Martin – Citizen Jazz

Sophie Agnel et Christine Wodrascka jouent du piano. Mais en déjouant constamment la mécanique de l’instrument, en tirant tous les sons possibles du bois, des cordes, des volumes… Il n’y a qu’à décliner les titres du disque d’ailleurs pour se convaincre que cette musique est profondément ancrée dans la matière (Noix, Plomb, Résine, Bois) et dans la forme qu’elle prend (Machines, Spires). On entend donc des pianos beaucoup plus que du piano… Pianos qui souffrent et qui soupirent, qui sonnent et qui résonnent, qui crient et qui murmurent. Mais à travers ce rapport très matériel à la musique se reconstruisent toutes les strates d’un vrai dialogue musical : proposition d’une musicienne à laquelle l’autre répond, au-dessus de laquelle elle se positionne, écoute mutuelle, taquinerie, provocation … Et l’on retrouve également, au fil des pièces, tout ce qui fait passer du dialogue au duo: des basses répétées parfois, qui servent de leitmotiv rythmique, un bourdon qui leste la musique, une phrase en spirale qui l’orne, reste en suspens, se transforme, une mélodie de timbres qu’on finit par mémoriser, comme si c’était une rengaine populaire…
Yvan Amar, Jazzman n° 108, déc. 2004, p. 36

À propos de l’album « Aux portes du matin » (2001)
Duo Wodrascka – Lopez

Cette première rencontre du duo Christine Wodrascka – Ramon Lopez naît de l’évidence même. D’un coté une pianiste au jeu orchestral soutenu (qui plus est familière du duo), improvisatrice et compositrice sensible, somptueuse architecte de textures sonores saisies dans l’instant ; de l’autre un batteur – percussionniste, audacieux constructeur – déconstructeur des tempos les plus fous, ayant choisi les terres à risque de la libre improvisation aux côtés de quelque francs-tireurs du genre (Charles Gayle, Ivo Perelman). En commun une vibration continue, l’art des résonances consommées et une implication jamais remise en doute. Ici les deux musiciens savent éviter le trop-plein et varier les intensités. Choix des timbres et des couleurs, sur un canevas-scénario minimal se déroule l’impro; tendue à l’extrême (il sait mal ce qu’est la liberté), offerte aux espaces errants (aux portes du matin), porteuse de respirations fondatrices (mirages), on est saisi par tant de profondeur et d’écoute réciproque. A n’en point douter, l’une des rencontres les plus passionnantes du moment. || Luc Bouquet – Improjazz n°78 Sept 2001 ( France)

À propos de l’album « L’Amour Tome 1 » (2001)
Quartet Griello – Labarrière – Petit – Wodrascka

Le label de Thierry Mathias « la nuit transfigurée » nous présente une nouvelle réalisation. Un quartet d’improvisateurs qui annonce d’heureux présages : Alex Grillo, au vibraphone, Hélène Labarrière, à la contrebasse, Didier Petit, au violoncelle et Christine Wodrascka, au piano. Quatre musiciens réunis autour d’une thématique parfois fédératrice, quelquefois source à discussion : l’amour. Beau programme que les musiciens évoquent sans jamais l’épuiser, car aucune note et nul propos ne sauraient aller au bout du phonème.
Jeu fait de variations entre mots et sonorités, bouche à bouche verbal qui prend son envol ou s’alimente de passions plus éphémères, les rencontres se font suaves, sensuelles. Dialogue ouvert, pistes inventoriées, regards croisés, les musiciens écoutent, découvrent et transcendent leurs propres émotions pour élucider les pistes les plus obscures et incertaines.
Notes et atmosphères changeantes, parcours sereins ou en quête, instants cruels et pleins de doute, souffrance ouverte, passion exacerbée, l’Amour décline ses possibilités. Il s’offre comme un regard particulier sans jamais se vouloir universel. Nulle définition établie définitivement, le tome 1 annonce d’autres ailleurs, de nouvelles trouvailles et des échanges encore à inventer. Jazzosphère

À propos de l’album  « Le Péripatéticien » (2000)

  À l’écoute de ce disque, on comprend qu’improviser, c’est un peu comme si on « marchait dans son rêve » à la recherche d’un surcroît de vie. Pour un temps, l’espace sonore est investi par une sorte de rêve ; on y déambule ou plutôt, on y marche – le verbe « marcher » convient d’avantage parce qu’il comporte aussi l’idée de se tenir debout, d’avancer dans une attitude minimale de domination et nous rappelle qu’improviser c’est aussi apprivoiser les remous d’un monde intérieur pour mieux l’incarner et le restituer. Cet acheminement, proposé par la pianiste Christine Wodrascka et le contrebassiste Yves Romain, pose les jalons d’un monde à découvrir ou à inventer. Entre mesure et démesure s’inscrit la régularité de leurs pas, la vie trouve son souffle. || Géraldine Martin - Jazzbreack.com

À propos de l’album solo « Vertical » (1996)

Free Music Production, CD 079, 1996
The conceptual nature of her method lies in her ability to create large intervals of chorded geometry behind this flimsy front line. The repetition causes a wariness in the listener who is used to free music, but that’s exactly what’s happening. As the music ascends and descends systematically, the remaining hand pursues a different phraseology dictated by the lapse in intervals or structural architecture of the one playing scales. Once this space is detected, the « scales » fall into the hole and become a basis for the exploration that has been taking place the entire time. As organized as it sounds, Wodrascka’s use of arpeggios and scales is clearly unorthodox and actually deconstructs their importance in the vertical musical hierarchy. Harmony is created by what happens in spite of them, not because of them. Also, the emotional depth in her playing is over the top: Each incident of everyday life is ascribed with a musical color or texture; all minutiae contain traces and shapes of emotional — not merely musical — discourse. By the record’s end, one is left exhausted, in no mood or shape to listen to anything else. This is « difficult music »; it is poetic and therefore abstract by its very nature, and it demands to be listened to honestly, with an open heart and mind. It will be fascinating to watch her development over time. ~ Thom Jurek, Rovi

Interview de Christine Wodrascka

Interview de Chiristine Wodrascka – Jazzosphere